Lectures hebdomadaires – Introversion et véritable intériorité

Extrait de Laurence Freeman o.s.b., La parole du silence, « Le pouvoir de l’attention », Le Jour, éditeur, 1995, p. 50-55

Le grand danger, qui a toujours existé mais qui est particulièrement évident aujourd’hui dans notre société soucieuse d’elle-même et narcissique, est de confondre introversion, obsession de soi et auto-analyse avec la véritable intériorité. L’état de blessure psychologique et d’aliénation sociale qui prévaut très largement exacerbe ce danger tout en réclamant un traitement fait de douceur et de compassion… La vraie intériorité est l’opposé de l’introversion. Lorsque nous sommes éveillés à la présence qui nous habite, notre conscience est retournée, con-vertie, de sorte que nous ne nous préoccupons plus de nous-même, comme à l’habitude, en anticipant ou nous remémorant des sentiments, des réactions, des désirs, des idées ou des rêves éveillés.

Il serait plus facile, croyons-nous, de fuir l’introspection si nous savions vers quoi nous nous tournons. Si seulement nous pouvions fixer notre attention sur un objet précis. Si seulement Dieu pouvait être représenté par une image. Mais Dieu, le vrai, ne peut jamais être une image. Les images de Dieu sont des dieux. Une image de Dieu ne nous conduit finalement qu’à contempler une image pimpante de nous-mêmes. Être vraiment intériorisé, ouvrir l’œil de notre cœur, c’est vivre dans la vision sans image qu’est la foi ; c’est cette vision-là qui nous permet de « voir Dieu ». Dans la foi, notre attention est soumise à un nouvel Esprit, elle n’est plus soumise aux esprits du matérialisme, de l’égoïsme et de l’instinct de conservation, mais à l’ethos de la foi qui est par nature dépossession.

Il s’agit de lâcher-prise, toujours, et renoncer continuellement aux gratifications du renoncement… Il n’y a pas de défi plus crucial que d’entrer dans l’expérience de demeurer centré sur l’autre. C’est l’état extatique et permanent de la dépossession. Du reste, on peut l’entrevoir en pensant simplement à ces moments ou phases de notre vie où nous nous sommes sentis au comble de la paix, de la plénitude et de la joie, et en reconnaissant que ce furent des moments où nous ne possédions rien, mais où nous nous étions oubliés en quelque chose ou quelqu’un. Le passeport pour le Royaume doit porter le tampon de la pauvreté.

Méditez pendant 30 minutes

Rappelez-vous : Asseyez-vous. Restez immobile et le dos droit. Fermez doucement les yeux. Soyez détendu mais vigilant. En silence, intérieurement, commencez à dire un mot unique. Nous recommandons le verset de prière « Maranatha » qui signifie « Viens, Seigneur » en araméen. Récitez-le en détachant chaque syllabe. Ecoutez-le tout en le disant, doucement, mais sans discontinuer. Ne retenez et n’entretenez aucune pensée, aucune image, spirituelle ou autre. Laissez passer les pensées et les images qui surgissent. Ramenez simplement votre attention – avec humilité et simplicité – sur la répétition intérieure de votre mot dans la foi, du début à la fin de votre méditation.

Après la méditation

Extrait du Journal de Thomas Merton, 5e volume 1963-1965, New York, Harper and Collins, 1997, p. 224.

4 avril, dimanche de la Passion. Petite pluie toute la nuit. Nécessité de poursuivre le travail de la méditation, d’aller à la racine. La passivité pure et simple ne convient pas à ce stade, mais l’activisme non plus. Un temps d’approfondissement sans mots, pour saisir la réalité intérieure de mon néant dans l’Un qui est. En parler en ces termes est absurde. Elle n’a rien à voir avec la réalité concrète qui s’offre à la saisie. Ma prière est paix et lutte silencieuse, pour être conscient et vrai, au-delà de moi-même. Passer de l’autre côté de la porte de moi-même, non parce que je le veux mais parce que je suis appelé et que je dois répondre.

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