Les racines de la méditation Chrétienne
Jean CASSIEN
C’est à la fin du IVesiècle que Jean Cassien, qui eut plus tard une grande influence sur saint Benoît, introduisit l’usage d’un verset de prière dans le monachisme occidental. Ayant lui-même reçu cette pratique des saints moines du désert, Cassien la faisait remonter à l’époque de Jésus et des apôtres.
Il recommandait à toute personne désireuse d’apprendre à prier de prendre un unique et court verset, et de le répéter sans discontinuer. Dans sa Dixième Conférence sur la prière, il conseille vivement d’utiliser cette méthode de répétition simple et constante pour chasser les distractions et le bavardage stérile du mental, afin de pouvoir demeurer immobile en Dieu.
L’enseignement de Cassien sur la prière s’appuie sur les paroles de Jésus dans les évangiles : « Quand vous priez, ne soyez pas comme les hypocrites… mais entrez dans votre chambre la plus retirée et adressez votre prière à votre Père qui est là dans le secret… Ne rabâchez pas comme les païens ; ils s’imaginent que c’est à force de paroles qu’ils se feront exaucer. Ne leur ressemblez pas, car votre Père sait ce dont vous avez besoin avant que vous le lui demandiez » (Mt 6,5-8).
C’est en lisant Jean Cassien que John Main, qui avait découvert la méditation avant de devenir moine bénédictin, compris que cette forme de prière existait depuis longtemps dans le christianisme et qu’elle avait donc aujourd’hui encore sa place légitime.
La prière du cœur et la tradition orthodoxe
Dans les Églises orientales, la pratique des pères du désert donna naissance à une grande tradition spirituelle qui existe toujours aujourd’hui et qui est considérée comme le cœur de la spiritualité orthodoxe.
Il s’agit là encore d’une prière centrée sur une courte formule dont l’essentiel est le nom de Jésus.
La pratique, libre dans les premiers temps, se fixera ensuite autour de la formule : « Seigneur Jésus-Christ, prends pitié de moi ». En Russie, elle deviendra : « Seigneur Jésus-Christ, Fils de Dieu, prends pitié de moi, pécheur ».
On reconnaît ici l’héritage du Kyrie eleison (Seigneur, prends pitié) de la liturgie. Pratiquée longtemps essentiellement par les moines, elle se répandra en Russie dans le peuple chrétien autour du XIXe siècle et atteindra l’Occident avec l’émigration russe qui suivra la révolution au début du XXe siècle.
Le petit livre intitulé « Récit d’un pèlerin russe » fera beaucoup pour répandre largement cette forme de prière du cœur. Cette pratique dépasse aujourd’hui de loin les frontières des Églises orthodoxes.
L’héritage occidental et le « nuage de l’inconnaissance »
Cette manière de prier qui conduit au silence se retrouve dans toute la tradition de la mystique chrétienne. Un des courants les plus célèbres est celui de la mystique rhénane avec les dominicains Maitre Eckhart et Jean Tauler au XIVe siècle. A cette même période, un moine anglais anonyme écrit un livre, « Le nuage de l’inconnaissance », qui est un enseignement pratique et accessible sur la prière silencieuse centrée sur un seul mot. Ce livre sera pour beaucoup dans le renouveau de cette forme de prière ou de méditation au XXe siècle.
Car c’est au siècle dernier, en partie à cause de la rencontre avec les spiritualités orientales que surgit dans les Églises chrétiennes la soif d’une expérience personnelle de la spiritualité qui concerne tous les chrétiens et non seulement ceux qui vivent derrière les murs d’un monastère. Et plusieurs pionniers (Thomas Merton, Thomas Keating, John Main…) vont s’appliquer à diffuser et à rendre accessibles les richesses de la tradition contemplative chrétienne à des hommes et des femmes qui souhaitent la vivre dans le monde.
