Lors de ce nouveau forum, Laurence Freeman et Kaveh Guilanpour (négociateur de l’ONU pour le climat) partageront la parole avec Margaret Renkl (autrice), Dr. Lyla June Johnston (autrice et musicienne) et Ethan Tapper (auteur et forestier).
Ils nous inviteront à mettre une lentille contemplative sur la question du changement climatique, en explorant les façons dont nous prêtons attention au monde. Comment notre vision de la crise de la terre pourrait-elle changer si nous nous souvenions que le monde n’est pas seulement ce que les humains en perçoivent ? Comment notre propre perception du monde pourrait-elle changer si nous réalisions que la planète entière prend vie grâce aux perceptions et aux expériences de toutes les formes de vie ici présentes, et pas seulement de la vie humaine ? Et que toute cette vie – humaine et autre – risque de disparaître en raison du changement climatique et de l’effondrement de l’environnement.
Si vous regardiez par la fenêtre en ce moment même, vous verriez un monde entier prêtant une attention absolue et sans mélange : l’abeille à la fleur, l’araignée à sa toile, l’oiseau à son nid ou à ses oisillons. Chaque espèce sur la planète fait l’expérience de son monde à travers ses sens, à travers ses organes de perception, un concept que le biologiste allemand Jakob von Uexküll a appelé « umwelt ». L’abeille qui se trouve devant votre fenêtre voit la lumière ; l’oiseau a quatre cônes de couleur alors que nous n’en avons que trois et peut, par extension, percevoir des couleurs que nous ne pouvons littéralement pas imaginer. L’araignée, qui n’a pas d’oreilles, peut néanmoins « entendre », avec ses pattes. Et loin derrière votre fenêtre, quelque part, les baleines chantent des chansons que nous ne pouvons pas comprendre et plongent vers des profondeurs que nous ne pouvons pas sonder, et encore moins y survivre.
Chaque espèce – y compris l’homme – témoigne du monde à sa manière, en étant constamment à l’écoute et en prêtant attention aux aspects de son environnement qui sont les plus importants pour sa survie et, par extension, pour la survie de la planète tout entière. Il s’agit d’un vaste effort collectif d’attention.
Ainsi, si chaque espèce donne vie à la planète et joue son propre rôle dans la survie de l’ensemble, pouvons-nous nous demander : et nous ? Quel rôle les humains jouent-ils dans cette gestion et quel est notre « umwelt » spécifiquement humain ? Comment sommes-nous censés prêter attention et témoigner du monde ?
Parmi nos nombreuses capacités, de la créativité à la raison, il semble que nous ayons été dotés d’un umwelt qui nous permet non seulement de survivre dans le monde, mais aussi de percevoir – avec tous nos sens – la beauté du monde. Nous avons la capacité d’être emportés, stupéfaits, stoppés dans notre élan, bouleversés et émus aux larmes par les images, les sons et les odeurs de ce monde. Nous avons la capacité de nous émerveiller. Nous pouvons être émerveillés par le monde. Ce super pouvoir humain qui nous permet non seulement de percevoir le monde avec nos sens, mais aussi de le contempler avec tout notre être, est en soi un don profond et magnifique. Car cela signifie que nous – chacun d’entre nous – avons été bénis avec la capacité extraordinaire de tomber amoureux du monde.
Si cette manière aimante de prêter attention au monde est fondamentale pour notre humanité, comment se fait-il que nous nous soyons égarés et que nous ayons amené notre planète à ce dangereux point de basculement ? Que perdons-nous d’autre en perdant de vue nos propres dons, notre propre humanité ? Qu’avons-nous oublié de nous-mêmes ? Et comment pouvons-nous témoigner de tout cela – de la joie et de la beauté, mais aussi de la tristesse et de la souffrance ? Parce que cela fait aussi partie de notre humanité, cette capacité à ne pas seulement se réjouir, mais aussi à pleurer.
Pour autant que la science puisse en juger, l’homme est la seule espèce capable de pleurer des larmes d’émotion. Nous avons l’étonnante capacité de pleurer la perte d’espèces autres que la nôtre, de déplorer la perte d’une rivière ou d’un océan, d’un écosystème… d’une planète. Nous avons la capacité de réaliser que cette perte signifie qu’il y a désormais une façon de moins de percevoir le monde, une façon de moins de prêter attention au monde. Et si le poète J.D. McClatchy a raison, si l’amour est la « qualité de l’attention que nous portons aux choses », alors il y a aussi une façon de moins d’aimer le monde. Puisque nous avons la capacité de prêter attention non seulement aux parties de l’environnement qui nous affectent directement, mais aussi à l’ensemble, ne devrions-nous pas nous demander quelle est notre responsabilité à l’égard de cet ensemble ?
Rejoignez-nous et inscrivez-vous ci-dessous au prochain Forum pour une Terre en Crise, où nous poserons ces questions dans le but de découvrir comment nos changements d’attention ont contribué au problème et de quelle manière nous pouvons mieux prêter attention à ce qui se passe autour de nous – afin de nous rappeler que notre façon unique de prêter attention est l’un des plus beaux cadeaux que nous ayons à faire au monde.
Le 12 juillet à 18h (heure française). Cet évènement fera l’objet d’une traduction en simultané. En ligne, gratuit.
Inscriptions sur le site anglais (formulaire en bas de page).
